Qui sommes nous...

Les trois Gros et Kiki le chien... Nous vivons à bord d'un voilier nommé Carpe Diem, et pour être à la hauteur de cette devise horacienne, nous partons à l'aventure et à la rencontre de la nature sauvage, des paysages uniques et bouleversants et des gens, dans toute leur diversité...

mercredi 27 juillet 2011

Belle île en mer… Ponza


Greg, Sandra, bébé Gros… on vous dédicace tous les
meilleurs moments de ce voyage.
On aurait tant aimé que vous soyez avec nous…
On pense à vous…


Il y a des endroits et des villes qui vous marquent, qui vous réchauffent le sang dans les veines, qui vous submergent avec un mélange d’odeurs, de couleurs et de vies… Entre un commerçant de fruits et légumes, en admiration devant chaque tomate et chaque pomme de son stand, et le chien de pêcheur qui saute dans les eaux troubles du port pour en récupérer une vieille balle jeté par son maître et se sèche ensuite dans une flaque d’huile par terre, entre les bruits de clackson des scooters et des petites voitures de livraison – vous vous sentez vivants. Le silence et la solitude de la mer sont vite oubliés…
Le peuple des Pontines est très gentil et serviable, même si peu avancé dans les langues étrangères. Au petit ponton, apparemment destiné à l’accueil des zodiacs, un jeune homme tout souriant nous attend déjà. Nonchalamment il prend le bout de notre embarcation, et après l’avoir amarré, il nous offre sa main pour traverser sur la terre ferme. Surpris par ce comportement « gentlemen » Patrick fouille dans sa poche et en sort une pièce de 2€. Le jeune a l’air encore plus surpris que Patrick mais il prend la monnaie avec un grand « Gracie ».
 Nous commençons la visite et tout de suite nous découvrons que la fameuse façon de conduire italienne, n’est rien comparée à ce qui se passe à Ponza. En fait, ils ont ici les voitures les plus étroites  du monde (même si jusqu’à 7 personnes peuvent y rentrer et même s’assoir confortablement) qui se faufilent entre les piétons avec une maniabilité incroyable. Ajoutez à ça des centaines de scooters… Du coup il n’est même pas la peine de rêver d’un trottoir. Tout le monde a les mêmes droit, sauf que nous, on n’a pas de clackson…



Le quai où on débarque est un lieu très important de la ville. C’est ici que sont amarrés tous les bateaux des pêcheurs, certains dans un tel état de décomposition mécanique, que c’est un miracle qu’ils peuvent encore sortir en mer. C’est bien encourageant pour Patrick : notre Carpe Diem, même avec toutes ses pannes en est encore loin… Juste en face des bateaux il y a des magasins et des boutiques, mélangeant les saveurs des fruits, des épices et des tresses de piment rouge accrochés fièrement à l’encadrement des portes, aux bijoux, les vêtements de marques et les petits bistrots. Patrick trouve son bonheur dans un grand magasin de pêche, pendant que nous, les filles, on essai de prendre quelques photos des petits restos tous mignons au bord du quai. Les touristes se mélangent avec les autochtones et bientôt toute cette foule bavarde et joyeuse nous entraîne à la visite de la ville.


Le lendemain l’état de santé de Patrick se détériore un peu. Toutes ses articulations lui font mal et ses boutons forment maintenant des grandes plaques rouges sur ses jambes. Je réussis de le convaincre de ne pas quitter l’île sans avoir vu un médecin mais une fois à nouveau dans la ville, autres choses passent avant : comme par exemple les glaces.  Petit à petit nous nous engageons dans les petites ruelles et découvrons la face intérieure de ce joli décor. Pas de déception : tout est aussi propre, bien aménagé et plein de couleurs qu’à l’extérieure. Le seul bémol : ces ruelles étroites font partie d’un circuit « Tour de Ponza » en Taxi tout-terrain. En avançant à une brave allure et frôlant les murs, ces engins nous obligent de nous écraser comme des crêpes pour ne pas être rayés par leur rétroviseurs.

Pour redescendre des hauteurs de la ville nous prenons un petit sentier vertigineux avoisinant la falaise. Et là, à nos yeux s’ouvrent des paysages magnifiques : un mouillage tout tranquille aux eaux turquises et entouré par les rochers. Je sais que pendant ce voyage j’ai prononcé les mots « magnifique », « extraordinaire » etc. bien beaucoup de fois (ma nature « artistique » s’extasie assez facilement), mais ici, vu d’en haut, on se croirait au paradis. On décide d’explorer obligatoirement ce coin plus tard, avec notre zodiac.   
Mais pour l’instant l’heure est venu à la visite médicale alors après une bière chez un sympathique « Welcome Bar » (ne vous fiez pas aux apparences : ils ne parlent pas anglais mais ils arrivent à comprendre notre pauvre italien) pour le courage, nous entreprenons notre quête de docteur.
La tâche n’est pas facile, vu la barrière linguistique, et petit à petit les avis différents et souvent contradictoires, nous font douter d’une issue concluante. Mais alors une dame, qui observait nos vains essais de communication, nous sauve : « Vous cherchez un docteur pour le chien ? » On se regarde un peu surpris, on n’a jamais mentionné de chien (au moins je pense) et je montre Patrick du doigts. « Alors ne vous inquiétez pas, j’arrange tout », la petite dame nous guide vers un arrêt de taxis et après deux mots échangés avec un des chauffeurs elle nous indique de monter. « Il vous conduira à l’ambulatoire » explique t’elle en lançant un dernier « Ciao » amical.




Notre chauffeur, Antony (le n° de téléphone : 347.83.47.395 au cas où vous auriez besoin) est très sympathique, même si pas trop bavard (il le serait peut-être si on comprenait un peu mieux sa langue). Nous sortons de la ville et nous nous engageons dans un tunnel tellement étroit que je suis étonnée qu’on ne racle pas les murs en passant. Et soudainement, à mon plus grand effroi, j’aperçois un scooter se lançant à notre rencontre. Je ferme les yeux en attendant le choc mais les deux véhicules se croisent sans problème (d’où la conclusion que soit il faut que je révise mon niveau d’astigmatisme, soit les murs sur Ponza sont extensibles). Nous prenons la route de la colline et avec beaucoup de stupeur nous découvrons que l’ambulatoire est situé dans un coin complètement perdu et éloigné de la ville, par contre avec une vue à couper le souffle surplombant toute la baie. Pendant que Patrick se fait examiner et, j’espère, soigner par une jolie doctoresse italienne (et blonde), nous faisons un tour en admirant les paysages de l’île. Notre brave capitaine s’en sort avec une piqûre de cortisone dans les fesses et une ordonnance dans la poche et nous sommes prêts à reprendre notre petit taxi. Antony, très compréhensif au regard de nos appareils photo et nos caméras, nous fait un petit parcours guidé (« piu bella », « magnifica ») de plus beaux coins de Ponza. Les plus belles photos de ce blog sont grâce à lui : « Grazie per tutti Antony ! ».


De retour au port au début de l’après-midi, nous sommes en train de récupérer le zodiac quand mon regard se pose sur la pancarte : « Visitez toutes les grottes de Ponza ! ». Je me renseigne pour plus de détails : le tour coûte 10€ par personne, soit 30€ pour nous 4 (les chiens voyagent gratuitement, contrairement aux enfants). Diplomatiquement j’explique à la dame qu’on va poser d’abord nos courses et qu’on reviendra, mais sur la route Patrick nous propose : « Moi je vais vous faire la visite de grottes gratuitement. Tenez vous bien ! » Et avec un crissement des bouées nous partons en direction des trous noirs dans la partie basse des falaises.

Au fait, je ne sais même pas pourquoi je voulais visiter ces endroits étroits, humides et complètement noirs – moi, le claustrophobe de degré modéré (je peux entrer dans un ascenseur de taille moyenne, mais pas sous une table à cartes). A peine entré dans une grotte que je m’entends déglutir bruyamment : « Il fait bien noir là bas, il n’y a sûrement pas d’issue, hein ? Mais plutôt la marche arrière. Patrick ! La marche arrière ! On sort d’ici !!! »


Au lieu de grottes je propose de visiter le mouillage paradisiaque repéré auparavant.  D’en bas tout semble encore plus calme… les couples d’Italiens très romantiques, étalés dans leurs barques colorés, en somnolant… quand soudainement ce silence apaisante est brisé par un hurlement inhumain : c’est notre Kiki qui, comme d’habitude impatiente de se baigner, a emmêlée la ficelle fine du gonfleur de zodiac autour d’un doigts de sa patte arrière. Elle hurle de douleur, Patrick hurle pour qu’elle se taise, Julie hurle pour savoir ce qui se passe et moi dans tout ça, j’essai de calmer la chienne pour lui enlever cette fichue ficelle de la patte. De chaque barque et de chaque zodiac surgit maintenant au moins une tête en colère et je ne suis pas persuadé que cette façon de faire semblant, que ce n’est pas nous qui foutons tous ce bazar, est bien crédible…

Bref, après ce petit accident on repart chez nous, de l’autre côté des rochers, avec une intention ferme de se baigner sur une petite et bien mignonne plage. Répétant cette manœuvre des dizaines de fois sur les plages sableuses, on s’approche au moteur, puis, au dernier moment, on saute dans l’eau et on court en tirant le bateau. Ce que nous avons fait, sans prévoir pour autant que ce fût une plage couverte de cailloux, plus pointus les uns que les autres. Au lieu de courir on sautait comme des lapins enragés en criant « Aie, aie, aie… ». Du coup Julie et Kiki s’amusaient toutes seules, pendant que nous, enveloppés par les poids un peu plus importants et plus sensibles aux blessures de la voûte plantaire, gardions sagement le zodiac.
Nous revenons au bateau pour un peu de « repos » : Patrick s’occupe de la réparation du charriot de barre d’écoute qui a explosé pendant notre dernière traversée et nous, les filles, partons à la chasse aux petites billes vertes – une partie intégrante du dit chariot, qui se sont éparpillées sur tout le pont, et dans les endroits difficilement imaginables. Un bon jeu pour une après-midi ensoleillée. Mais le jour n’est pas encore fini et il nous faut revenir dans la ville pour acheter le médicament de Patrick et également, une carte SIM italienne, pour avoir Internet avec nos téléphones.
Nous arrivons alors à un nouveau point d’accostage (l’ancien était un peu trop près du point de visite des grottes, et je n’étais pas prête pour une confrontation) et un nouveau gentil homme nous aide à débarquer. Je ne connais pas trop les coutumes d’ici mais j’ai comme une impression qu’on est les seuls à payer pour ce service d’accueil. Ou peut-être les autres sont beaucoup plus discrets…

Bref, on repart d’abord à la pharmacie et ensuite en quête de vendeur d’une carte Sim. On le trouve dans une boutique de haute ville mais voilà le même souci : la vendeuse ne parle pas un mot d’anglais. En faisant des grands efforts on comprend aussi bien que mal ce qu’elle essai de nous expliquer et on opte pour une carte TIM de 35€ (dont 9GB d’internet). Mais comme rien ne peut jamais être facile, pour activer la carte il faut acheter un code dans un bureau de tabac et ensuite appeler une info ligne… italienne…


Nous sommes heureux ici. Non que j’aimerais habiter à Ponza. J’ai déjà donné avec la vie sur une île et je sais que j’ai besoin de plus d’espace (surtout les jours de grande colère). Mais à part les nouvelles destinations à découvrir, j’ai besoin aussi des endroits où revenir pour m’apaiser et me ressourcer. Et Ponza me donne l’envie d’y revenir. On se dit à bientôt alors… 

jeudi 21 juillet 2011

Porto Vecchio – Ponza ou « je veux descendre !!!! »

  A tous ceux qui nous attendait en Sardaigne : nous y voilà, à Ponza. Et ne cherchez pas ce nom dans l’annuaire de petits ports et villages de la cote sarde, nous sommes sur une île d’archipel des Pontines au sud du Rome. Mais comment on s’est retrouvé là ?
  Ce mercredi matin le plan était tout simple : prendre du gasoil, faire le plein d’eau et partir en direction de Sardaigne pour chercher une occasion propice à la descente vers la Sicile. Sauf que…
Déjà le matin Patrick est un peu mal au point avec son allergie à on ne sait quoi – je soupçonne que l’histoire des bulots dans le slip n’est pas pour rien dans cette multitude des boutons rouges qui ont envahis ses jambes et ses bras. Je lui conseille d’aller voir un médecin avant partir, mais la seule chose qu’il m’accorde c’est la petite visite à la pharmacie du coin. Il en sort avec une boîte de pilules, qui ne soignent pas d’allergies, mais endorment l’individu frappée par ce désagrément, pour oublier qu’il a envie de se gratter à mort. Pas très bon plan d’endormir le capitaine avant le voyage…
  Bref, après s’être incrusté en sauvage dans une place de port (essayez seulement de joindre la capitainerie par la VHS), et avoir rempli le réservoir d’eau, nous partons. Et là, déjà bien au près avant même sortir du golfe, Patrick me fait part de ses plans : « Tu sais, » dit-il « pour demain ils annoncent quelques 15 N de vente de ouest. Ce sera idéal pour aller vers les Pontines plutôt. Comme ça on s’approchera des îles Eoliennes. Que-ce que tu en penses ? » Et moi, comme d’habitude quand on m’annonce le vent dans le bon sens (et pas au près, que je déteste – peu importe que le bateau avance vite, je le déteste point barre !), je réponds « Ouais, pourquoi pas ? Mais qu’est-ce qu’on va avoir comme vent aujourd’hui ? » «Presque pas de vent – m’assure Patrick – quelques 5N… ». Parfait ! Une journée au moteur avec les joies et l’excitation de la pêche à la traîne et une autre, avec le vent arrière dans les voiles et le bateau posé en équilibre sur les vagues, volant tel un oiseau vers une île magnifique et verdoyante… Juste parfait !
  On venait de sortir du Golfe de Porto Vecchio et le vent nous a quitté avec. Au moteur, tranquillement, j’étais en train de m’installer confortablement sur une banquette remplie de coussins (une bonne position pendant le voyage, c’est primordial !), quand une énorme vague, venue de nulle part, fait chambouler le bateau en renversant nos verres et nos tasses de café. Je saute sur mes pieds pour crier, bien sûr juste pour la forme, sur le fou furieux qui est passé trop vite et trop près de nous, mais autour il n’y a personne. A ce moment une autre vague, encore plus grande, penche à nouveau le navire, m’obligeant à me tenir aux supports de bimini pour ne pas dégringoler au milieu du cockpit. « C’est quoi ça ? » crie-je à Patrick, complètement stupéfaite. « C’est de la houle ma chérie » me répond-il. « Mais quelle houle, tu ne m’as pas parlé d’une houle ? » je m’affole un peu. « c’est parce qu’on est près des Bouches de Bonifacio… » Ouais, tu parles… Sauf que les vagues viennent de face, soit la direction opposée des Bouches. Mais bon, comme j’ai beaucoup moins d’expérience, je me tais. Pour instant… Il faut juste attendre que ça passe, pour que cette première journée au moteur – paisible et « à plat », se passe come prévu.

  11h, midi, 3h de l’après-midi : on est maintenant bien au près avec quelques 20N du vent de nord-est et toujours ces vagues géantes de face. Fatiguée par ces mouvements pénibles, pas tout-à-fait naturels pour le corps humain, je commence à râler : « Ouais, 5N de vent. Ton bulletin météo ne vaut pas un clou ! Ils ne savent rien au fait ! Il se peut que demain on va avoir 40N de vent d’est ! ». « Mais si – essai de me calmer Patrick – mes prévisions sont en temps réel. Tu peux aller les voir sur ma carte. Les iso- (quelque chose) annoncent exactement le vent qu’on a maintenant. » Là je m’énerve pour de bon : « Ce ne sont pas des prévisions ! Ce sont des foutous constats, même moi je peux te dire quel temps on a maintenant ! » Bref, on se dispute.
  Cette conversation bien animée est soudainement interrompu par un son aigu : ziiiiiiiiiiiii. La canne à pêche ! Après 10 jours d’essais quelque chose a enfin mordu à notre hameçon. Patrick se jette sur la bobine en criant « Choque un peu les voiles !!! ». Il a bien dit « un peu » et comme on était déjà bien serrés, je lâche peut-être 1m – 1.5m de génois et à peu près la même chose de la grande voile. Ce que je ne savais pas ce qu’on marchait à presque 10N à ce moment (ce qui pour nous est super extra vite) et que mes « petits réglages » n’ont pas vraiment arrivés à ralentir le bateau. J’entendais Patrick crier à répétition « Choque, choque ! » et là, je vois le fil de pêche voler dans les aires. Je comprends tout de suite qu’une nouvelle engueulade est à l’horizon. Patrick est furieux. Il crie que je ne suis même pas capable de mettre le bateau en panne et que si c’était lui qui tombait dans l’eau, il serait sans doute noyé avant que j’arrive à m’arrêter. Il n’avait pas tout faux, sauf que si c’était lui, je réagirais sûrement un peu plus vite. Je pense…. Mais pour l’instant je suis tellement vexée, que je m’assois sur ma banquette et je boude jusqu’au soir.
  Une chose assez incroyable pour moi dans la navigation à la voile est, qu’après quelques instants (plus ou moins longues) on s’habitue aux conditions extrêmes et aux mouvements brusques du bateau pour se sentir « assez bien ». Mais un simple minuscule réglage des voiles brise ce confort et on (voir – moi) tremble à nouveau. Endormie sur ma place préférée j’ai tout de suite senti (et entendu) quand Patrick a rajouté le moteur pour augmenter notre vitesse et empêcher les vagues de nous rattraper. Et ce chamboulement m’empêchait de dormir quand le reste de l’équipage roupillait tranquillement.  La pleine lune n’était pas pour rien non plus : elle brillait tellement fort, que chaque fois que j’ouvrais les yeux, j’avais l’impression que ce sont des phares d’un énorme cargo, qui d’une minute à l’autre va nous rentrer dedans…
  Vers deux heures de matin Patrick immerge du fond de la cabine de Julie (qui en même temps dormait par terre dans le cockpit) et décide d’arrêter le moteur. Le vent souffle maintenant à presque 30N, par l’arrière, emmenant la houle à changer sa direction : les énormes vagues nous poursuivent à présent avec un bruit effrayant. Toujours ballotés on essai une autre chose : de mettre le génois de l’autre coté que la grande voile pour stabiliser le bateau, et là, un bruit assourdissant nous fait sursauter. Le génois chavire puis fait un nœud sur lui-même. On regarde ce spectacle en silence puis Patrick commence à crier : « Il va se déchirer ! Mon génois va se déchirer ! » et il part vers l’avent. Je commence à stresser pour de bon mais le capitaine revient sain et sauf dans le cockpit. Après quelques instants en tirant de deux côtés nous arrivons à défaire le nœud mais quand Patrick rajuste les derniers réglages, je m’entends marmonner : « Je débarque. J’en ai marre. On arrive quelque part et je débarque… ».


Quand vers 3h de l’après-midi nous apercevons enfin notre terre promise de cette étape du voyage, l’ile de Ponza, je me retiens pour ne pas exprimer ma déception. Les cotes rocheuses et austères, les falaises abruptes et quelques petites maisons dispersées par ci et par là. Je prie seulement pour que le mouillage nous soulage de cette houle infernale. Mais pour atteindre le lieu de repos il faut aller sur la cote Est de l’île et en la contournant nous voyons de plus en plus de bateaux de toutes les tailles allant vers le même point.

  Puis on voit un phare et le toit d’une église sur les hauteurs de la colline, et soudainement à nos yeux s’ouvre un de plus beau et mignon port de la Méditerranée. Le mouillage entouré par les rochers et les eaux limpides et calmes, petits passages pour le zodiac, et surtout la ville : pleine de couleurs chaudes et flamboyantes, vivante…
  Nous voilà à Ponza…


mercredi 20 juillet 2011

Porto Vecchio et ses trésors ou quand est-ce que ces pièces de rechange vont enfin arriver !

  L’escale à Porto Vecchio, même si bien agréable, n’était pas uniquement touristique. Mercredi dernier (le 6 juillet) Patrick a commandé en France une courroie adaptée à notre générateur de courant (qui marchait maintenant parfaitement bien avec une réparation de fortune), et il a fait envoyer, avec beaucoup de frais supplémentaires, en Chronopost 24. Nous voilà dimanche le 11, et toujours pas de colis en vue…
  


Bref, nous étions coincés ici pour une durée indéterminée, mais nous ne nous sommes pas plaints pour autant. Comme notre dernière visite à Porto Vecchio datait d’il y a 6-7 ans, nous avons bien décidés de nous rafraîchir la mémoire.
  Tout d’abord, nous nous sommes rapprochés un peu du port (vu que le trafic dans le chenal est très dense, avec tous ces bateaux à moteur entrant et sortant à fond les manivelles, il n’était pas bien conseillé de s’aventurer là-dedans avec notre petit zodiac 6 chevaux), et nous avons choisis le petit mouillage juste derrière l’îlot Ziglione, à gauche du port maritime. Même si la plage de ce coté laissait beaucoup à désirer, avec ses eaux vertes foncées et les fonds en plaques rocheuses colmatées par une boue brunâtre, le mouillage lui-même était parfaitement bien abrité.
  Mais comme le bonheur pur ne dure jamais trop longtemps chez les Gros, nous nous sommes aperçus, que notre  groupe électrogène fournissait bel et bien du 220V, mais il ne chargeait pas du tout les batteries, dont celle qui maintenait son propre fonctionnement. Pour les âmes techniques, voici une devinette : le mystère consistait en fait, que plus on branchait d’instruments (dont chargeurs de tous les types), plus il donnait du courant. En revanche, en enlevant tout, le courant baissait à 150V… Il faut être Bac +12 pour comprendre cette logique.


Après quelques recherches et quelques coups de fil le coupable de ce dysfonctionnement a été trouvé : c’était le condensateur. En attendant maintenant pas un mais deux colis, la seule chose qui nous restait à faire, c’était de charger nos batteries et nos appareils au moteur (ce qui explique les grands délais dans la publication de ce blog – je n’ai plus du jus dans mon ordinateur !). J’espère quand même qu’on va arriver à réparer notre « source de bonheur », sinon, cet été on va être les rois du moteur…

  En attendant que la poste française fasse son travail, nous avons joué des touristes avec pour cap : la vielle ville de Porto Vecchio. Tous ceux qui connaissent bien la Corse savent, que chaque ville et chaque village sont situés ici en haut d’une colline, et accessibles  après de longues minutes (voir dizaines de minutes) de « grimpage ». Porto Vecchio n’est pas différent sur ce point là, mais ce qui le différencie est plutôt le degré de la pente. En voulant alléger les souffrances des pauvres touristes, les Corses ont raccourcis le parcours menant au cœur de village, mais ils ont oublié d’ajouter un escalateur ! En arrivant tout en haut j’avais les gouttelettes de sueur qui se figeaient à mes cils, en m’empêchant de voir clairement, et les genoux qui flageolaient. Patrick, tiré par Kiki cherchant un peu d’ombre, est arrivé le premier et adossé nonchalamment au mur tout frais, lançait : « Alors les filles, ça avance ? ». Bon, soyons honnêtes : cette escalade vertigineuse est faisable, mais qu’une fois dans la journée. Il ne faut surtout pas oublier son pain….



  En récompense de cet effort nous nous sommes installés à l’ombre d’un restaurant local, pour vite récupérer les calories récemment perdus. Et si je peux me permettre de vous donner un conseil culinaire, ce sera : « Ne jamais commandez un gratin corse au milieu d’été ! ». Génétiquement programmée à la nutrition sur la base de patates, je me suis jetée sur ce plat sans trop réfléchir. Mais une fois mon assiette devant, toute cette graisse apparente, les gros morceaux de lard et la crème fraîche formant une croûte épaisse, ont réveillé ma conscience qui disait : « Tu vas le regretter… ». Et j’ai regretté… Pendant que le reste de la famille (qui a mangé sagement les plats beaucoup plus estivaux) jouait et barbotait dans l’eau, moi, j’ai surveillé sagement le zodiac, avec un estomac en plomb. Ca m’apprendra…
  A côté de la vielle ville, très charmante et tellement typique pour la Corse, avec ses maisons en pierre et des petites ruelles étroites et submergées par la végétation luxuriante, nous avons découvert un autre clou de programme : la visite du Leclerc. Situé à droite de la marina, à quelques 10 min de marche, ce magasin est très bien approvisionné et en plus, on peut y profiter de la livraison gratuite de nos courses, en poussant le caddie jusqu’au port. Une solution bien pratique, surtout qu’on est plein des packs d’eau.
  Le golfe de Porto Vecchio n’est pas mal du tout, mais au bout de quelques jours nous avions envie de changer un peu d’air et nous décidons de passer notre week-end sur les plages de Palombaggia.  L’endroit semblait parfait pour une baignade dans les eaux turquises et beaucoup de bateaux de toutes les tailles y étaient déjà amarrés. Néanmoins, au moment d’avoir jeté notre ancre, nous avons remarqués ce mouvement caractéristique de tous les mâts, de droite à gauche et de gauche à droite, comme dans une danse folle dont nous étions tous les patins : la houle… Sans un mot Patrick redémarre le moteur et nous levons ancre. Même la plus magnifique des plages ne vaut pas une nuit de roulis…


  Nous poursuivons notre route un peu plus vers le sud : dans la baie de Santa Giulia. Sur notre gauche : plusieurs rangés de bouées, pour la grande majorité déjà occupées et situées un petit peu trop près des rochers à notre gout. Mais au milieu du passage, quelques bateaux ont déjà jetés leurs ancres et nous décidons nous joindre à eux.
  Comme d’habitude sur la cote est de la Corse, à 7h30 la plage est déjà à l’ombre, mais cela ne nous empêche pas de sauter en vitesse dans le zodiac pour une baignade du soir. Kiki est tellement impatiente qu’elle se laisse tromper par les eaux si limpides et transparentes, que le fond sableux semble être à la porté de la main, et elle saute de zodiac à quelques 50 m de la plage. Bonne exercice, qu’on lui laisse faire néanmoins en solitaire. Nous filons plutôt vers une géniale invention de cette baie : un ponton central.  L’accostage ultra facile et pas d’obligation de charrier ce lourd bateau pneumatique sur la plage, que demander de plus ? Peut-être un peu de tranquillité la nuit…  Même si la houle n’est pas énorme, à chaque mouvement nous entendons les petits « gling-gling » de nos verres rangés dans le placard, et des « bam-bam » des drisses tapant sur le mât.

  Au petit matin nous décidons de tenter notre chance au mouillage suivant : Porto Novo. Et là nous trouvons enfin notre bonheur. Moins connu que ses voisins, Santa Gulia et Rondinara, Porto Novo offre des paysages paradisiaques et tranquilles, surtout dans sa première baie (en fait elle est première si on descend vers le sud, il vaut alors mieux dire, celle à droite). 

Presque déserte, elle offre des fonds de 3.6m, du coup on peut jeter l’ancre assez près de la plage et faire un peu d’exercice physique en ramant tels les gondoliers de Venise. 

Et une fois sur terre, c’est le bonheur pour tout le monde : baignade, jeux, enlèvement des petites épines de chardons de nos pieds… En fin de matinée quelques bateaux d’autochtones, pour qui cet endroit magnifique n’était apparemment pas inconnu, nous rejoignent et nous décidons de nous aventurer un peu dans les terres. Un petit chemin, tout mignon et parsemé abondamment de crottes des cochons sauvages, nous invite à la balade. Seulement, après quelques dizaines de mètres, le seul passage possible semble se concentrer au niveau de nos genoux plutôt et je commence à craindre un peu la rencontre des maîtres de lieux. En plus, Julie, (qui n’a rien de ses parents – un peu casse-cous), prend un immense soin d’écarter chaque brindille, chaque fleur lui barrant le chemin, à la main, une par une. Au bout d’une vingtaine de minutes on arrive au bout : dans la deuxième baie, bondée, bruyante et prise en otage par les jet-ski. On revient vite « chez nous » pour profiter du reste de notre après-midi dans le calme et le bonheur. Et le soir : cap sur Stagnolo.

  Mardi midi : après une semaine d’attente nos colis arrivent enfin. Patrick se remet au boulot et moi je regarde déjà un bouquin sur la Sardaigne et planifiant notre parcours de lendemain. Deux heures plus tard nous sommes prêts à entendre ce charmant ronronnement de notre groupe qui nous rendra la liberté de charger ce qu’on veut quand on veut… Et là, au lieu de ce son « agréable et mélodieux », nous entendons un « aghhhagh »… La batterie du groupe a rendu lame…

dimanche 17 juillet 2011

Bastia – Porto Vecchio ou comment poser son bateau dans le sable…

  Mercredi le 6 juin, 10h30. Après un approvisionnement en pain, en eau et quelques soins cosmétiques apportés au bateau (le lavage du pont s’imposait depuis longtemps), nous partons en direction du sud. Et comme d’habitude le vent nous souffle droit dans le nez…. Nous alternons alors la voile et le moteur sous un soleil estival et petit à petit nous nous mettons à l’évidence : vu le sale état de la coque du bateau (nous promenons avec nous tout un plateau de fruits de mer accrochés tels les poissons pilots à notre navire), Porto Vecchio devrait nous attendre au moins un jour de plus.
  Guidé par les infatigables questions de Julie : « On arrive quand Papa ? C’est bientôt ? C’est là qu’on va s’arrêter ? », Patrick décide de passer la nuit en face des plages de Campoloro.  Vu de la mer toute la cote est de la Corse est une grande et longue plage et nous avons pris le cap sur la plage de Moriani. Les marins avertis et débutants prenez bien la note de ce qui va suivre : il y a des hauts fonds là bas !!! Filant parallèlement à la cote à une vitesse heureusement réduite à cause d’objets naviguant de tout sort qui nous entourent (et dont on n’avait pas trop de confiance), pour la deuxième fois de sa vie Patrick a posé son bateau sur le fond. D’ailleurs, c’est bien inquiétant que les deux fois c’était en ma présence – apparemment je dois d’une façon ou d’une autre brouiller le sonar interne de mon capitaine préféré…. Ou seulement lui porter la poisse… En tout cas après des grands coups de moteur nous avons réussi de bouger le bateau, j’ai pris soin de bien guider Patrick à la vue : en évitant les tâches trop claires, bien évidemment peu profondes, au moins dans ma logique à moi. Mais quand nous nous sommes échoués pour la deuxième fois, j’ai du réviser ma technique et j’ai vite cherché une « ficelle avec un bout du plomb au bout » (c’est quoi déjà le nom scientifique de ce truc ?), et j’ai mesuré la profondeur à l’ancienne. Et là, quelle surprise : toutes les tâches sombres, pour moi bien profondes, était en fait couvertes de végétation et cachés à seulement 1.5-2 mètres sous la surface de l’eau. Par contre toutes les zones claires, sablonneuses, environnaient les 5-6m. Quelle confusion !
  Après cette correction apporté au système de guidage manuel, il a été bien plus facile de nous en sortir, et même, entre temps, de découvrir que le sondeur (le vrai), n’était pas en panne, comme nous avons pensés. Il affichait des tirets « ---- » parce qu’il n’y avait pas de fond…

  
Suite à cette aventure forte en émotions nous avons décidé d’aller mouiller bien plus loin de la plage,  et nous nous déplaçons vers le sud de Campoloro, en gardant bien nos distances avec les fonds. Le temps d’une mise à l’eau de zodiac et de son moteur, d’une courte promenade sur la plage et d’une baignade (pour Patrick une baignade bien professionnelle : avec le masque, le tuba, les palmes et une raclette pour soulager un peu notre pauvre hélice), il était déjà temps de diner et peu après toute la famille est descendu se coucher à l’intérieur. Sauf moi. Je ne sais pas vous, mais moi je préfère de me « cailler » dans le cockpit que de me tenir aux bords du lit pour de pas rouler de l’autre côté. Et cette nuit la houle été forte… Je n’ai pas fermé l’œil, dérangé sans arrêt par les drisses qui tapait contre le mât, et qu’il fallait border, par les fils électriques à l’intérieur du mât, que je n’ai pas pu border, et enfin par le pilote automatique qui sonnait de temps à autre pour des raisons inconnus…Il était bien avant 6h de matin, quand toute résignée je suis arrivé dans notre cabine. Patrick, bien reposé (c’est sûr, il avait le grand lit que pour lui), me laisse toute la place et démarre l’engin pour continuer notre descente vers le sud.


  Quand nous nous réveillons avec Julie vers 9h, nous sommes déjà bien avancés sur la route. Le travail sur la coque de la veille a bien porté ses fruits et nous avons gagné presque 1 nœud en vitesse.


Nous arrivons dans le golfe de Porto Vecchio au milieu de l’après-midi, et nous suivons la carte à la lettre. Même si le chenal pour entrer au port est très bien balisé, dans le golfe il y a un grand nombre des hautes fonds et des cailloux, pas toujours indiqués sur la surface. Nous naviguons doucement vers Stagnolo, la baie au fond du golfe (41°37,1’N ; 9°18,9’E) qui s’avère être un mouillage parfait (vu notre mouillage de la veille, il n’était pas difficile de trouver mieux, mais je vous assure que cet endroit là est idéal pour y jeter son ancre et passer une nuit tranquille).
  Les fonds sableux, l’eau turquise et peu profonde, que demander de plus…  Bon, peut-être un peu moins de toute sorte de bateaux d’école de voile, des planches à voile et autres, qui, en doutant de la maîtrise parfaite de leur utilisateurs, nous faisait sursauter à chaque fois qu’un de ces engins s’approchait dangereusement de nous. Mes craintes n’étaient pas complètement infondées, vu que le catamaran d’un ami de Patrick a eu un cat 27 carrément incrustée dans un de ses flotteurs. Mais ici apparemment les apprentis étaient bien suivis et arrivaient chaque fois à virer au dernier moment en changeant le cap vers un autre « malheureux » bateau mouillé dans la baie.
  Nous ne prenons pas beaucoup de temps à regarder ce spectacle car une superbe plage au sable blanc et complètement déserte nous interpelle de loin. Tous les quatre nous sautons dans le zodiac et nous nous laissons emporter par cette eau limpide et tellement peu profonde qu’il faut marcher plusieurs dizaines de mètres pour s’immerger – et même, pas totalement. Mais quel paradis pour Julie et Kiki. Cette première revoit ses acquis au niveau de la nage libre façon « petit chien » et s’initie tranquillement au « flottage » passive avec le masque et le tuba. La deuxième profite de ces faibles profondeurs pour partir à la chasse aux huitres, malheureusement mortes, qu’elle ramène toute fièrement sur la plage.

  
Mais le vrai chasseur c’est Patrick. Et liant le travail au plaisir, il part à la chasse aux bulots. Néanmoins, en oubliant (ah ces hommes…) que son short avait les poches sur les cotés, il fourre tous ces trésors carrément à l’intérieur de son maillot. Pas une bonne idée, vu les extrémités piquantes de ces mollusques. J’espère que cette petite dizaine d’escargots en valait la peine de trois jours d’irritation dans un endroit bien sensible…
  La nuit s’annonce bien tranquille, même si pour le moment un apprenti skieur (nautique) nous casse un peu les oreilles et fait bouger le bateau. Mais bientôt tout se tait et nous profitons de notre diner dans un calme absolue, sur une mer plate et éclairé par le brillant croissant de la lune (et par nos leds bien sûr)…

lundi 11 juillet 2011

Quelque chose en nous de … Bastia


  J’ai toujours voulu visiter Bastia. Je ne sais pas exactement pourquoi, il se peut que ce sont des photos dans les magazines illustrés, représentant un port de pêche tout mignon, avec ses petits bateaux et ses maisons peintes de toutes les couleurs en arrière plan, qui m’ont donné envie de me promener là bas et de m’imprimer de cette aura colorée. Néanmoins, au cours de nos multiples tours de Corse, guidée par une force indéfinie, nous avons toujours omis ce coin de l’ile de beauté…
  Cette fois je décidais d’achever mon pèlerinage et j’ai convaincu Patrick de mettre dans nos plans de route une escale dans cette ville magnifique.  Magnifique… peut-être pas pour tous, car plusieurs personnes, qui nous interrogeaient sur nos plans, ont été bien surpris : « Bastia ? Mais pourquoi faire ? ». Maintenant on peut au moins leur répondre : « Pour réparer un groupe électrogène », mais c’est vrai que cette ancienne ville corse ne bénéficie pas beaucoup de la sympathie des marins. La plupart la trouvent sale et peu intéressante. Mais je voulais y jeter un coup d’œil par moi-même et comme les circonstances ont été « favorables », nous y voilà à Bastia, pour une escale de durée indéterminée.

  Déjà au petit matin, nous, les filles, partons visiter les alentours du port, en laissant les garçons travailler tranquillement sur le groupe électrogène. L’ancienne capitale de la Corse nous charme tout de suite avec ses passages étroits et les petits restaurants, tout mignons. Pendant la balade Julie découvre chez elle un faible pour les églises et elle ne nous en passe aucune. Bon, j’espère que la prochaine fois qu’elle va aller chez sa grand-mère polonaise, hautement catholique, elle ne va plus crier : « Babcia (ma maman), viens voir il y a un prince charmant dans ce château… ». Nous avons visités 4 églises (de 8 au total, que Julie a trouvé sur le plan de la ville – et moi, qui pensait qu’elle ne savait pas lire), et par la même occasion nous avons découvert la planque des policiers corses, fatigués par le soleil et la chaleur. Confortablement assis juste à droite de l’autel, ils discutaient avec ferveur, ne remarquant même pas notre présence.

  Pendant ce temps nos braves garçons ont effectués leur tour de ville en 10 shipchandlers et magasins de pièces auto. Malheureusement la pièce manquante restait introuvable. Vers 5 heures de l’après-midi un coup de téléphone nous rempli d’espoir : une gentille petite dame d’un magasin à Borgo nous affirme, qu’elle possède notre précieuse courroie en stock, mais qu’il faudrait venir la chercher avant la fermeture à 6h. 20km à pied ne nous tentent guerre et nous misons plutôt sur le train. Mais pour trouver la gare, c’est toute une autre histoire. Nous nous perdons un peu dans les ruelles avant d’arriver vers la place de St Nicolas et de demander de l’aide à un couple d’autochtones un peu « space ». Convaincu que c’est mon accent qui leur fait échanger des regards stupéfaits, je me tais petit à petit, mais Patrick me rassure : ce sont plutôt nos interlocuteurs qui sont un peu bizarres : « La gare ? La gare… La gare ! ». Bon, nous suivons les indications et nous arrivons vers la gare à 6h moins vingt et une bonne surprise nous attend : il y a pas mal de gens qui attendent sur le quai. L’espoir fou nous envahie : il n’est pas trop tard ! Ben si : le prochain et en même temps le dernier train part à 6h20, soit bien après la fermeture de notre caverne d’Ali baba.

  Nous retournons tranquillement au bateau, quand, en passant à coté d’un kebab, nous entendons quelques versets de chants polyphoniques, venant apparemment de cet endroit. Je recule quelques pas et mets ma tête à l’intérieur. Il n’y a qu’un groupe de jeunes hommes assis à une table, qui me regardent avec des sourires malicieux. Je dis à Patrick que ça devait être un CD quand les chants retentissent à nouveau. Je reviens au courant et une nouvelle fois tout s’arrête. Quand peu après nous entendons à nouveau ces voix mélodieuses chanter en polyphonie, j’abandonne et j’envois Patrick et Julie vérifier par eux-mêmes. Ils ont beaucoup plus de chance que moi, et pendants quelques instants ils assistent en direct à un spectacle unique dans son genre.

  La soirée malheureusement n’a pas suivie l’ambiance de la journée. Greg reçoit un coup de  téléphone lui apprenant que sa maman est gravement malade et hospitalisée. Notre couple de jeunes aventuriers décide de rentrer en France le plus vite possible, avec le prochain ferry.
  Leurs bagages fait, nous profitons de nos derniers instants ensemble en visitant le jardin Romieu et la citadelle. Il y a des rues magnifiques, pleines des couleurs et des fleurs ; et les autres : tristes et abandonnées. Mais en aucun cas c’est moche. L’architecture est tellement fine que presque chaque bâtiment possède ses traits propres à lui-même, seulement, par endroits couverts par la poussière du temps.

Nous nous imprégnons de cette ambiance chaleureuse et accueillante en accompagnant Greg et Sandra vers leur Corsica Ferry, en sachant que dès le lendemain nous quitterons cette ville pour poursuivre notre route, à trois…